Syndicat des Journalistes de la Presse Périodique

Quelques expositions à voir

Notre confrère Jean-Claude Santier nous propose une sélection, André Labode-Bodin, peindre la banlieue...

ANDRE LABODE-BODIN

Ce peintre et sculpteur offre, au travers de ses oeuvres, quelque chose de perceptible et de néanmoins mystérieux. Notre attention est entraînée au-delà de la pure création artistique de ses figures géométriques qui traduisent, dans un mouvement ascendant, le symbolisme contenu dans leur essence et en leur forme.
Elles prolongent à l'infini le mouvement circulaire du point d'origine. C'est une interprétation possible de la symbolique, qui donne un aperçu de l'étendue de la capacité de l'artiste à représenter les aspects de la réalité qui échappent aux autres moyens de connaissance.
C'est une invitation à la détente, à redécouvrir sa propre harmonie intérieure. Sa création ouvre l'horizon d'un nouveau langage visuel dont le vocabulaire se compose de sons intérieurs, de ces deux éléments picturaux purs que sont la couleur et les formes.
Grâce à l'art, André Labode Bodin est capable de moduler les formes géométriques et de réinterpréter le symbolisme de manière personnelle dans son approche de l'art.
Quand on se penche sur l'oeuvre de n'importe quel peintre de notre époque, on peut risquer, dans le but d'en faciliter l'analyse, de le situer parmi les trois principales catégories, celle du figuratif, de l'abstrait, ou encore de l'informel, sans revenir sur notre idée de ce fameux art contemporain, qui reste un fourre-tout où l'on voit un sac de ciment près d'une échelle côtoyer un véritable chef d'oeuvre d'originalité, mais c'est rare.
Comprendre sa façon de communiquer implique que l'on se retourne vers le passé, que l'on fasse appel à sa mémoire. Il semble que ce peintre sculpteur au trait de dessin ferme, net, emploie des tons des couleurs qui semblent inviter l'esprit humain, moderne, fatigué dans cette société qui se délite, à retrouver un repos salvateur, et régénérateur.

Voir aussi l'article de Jean-Claude Santier sur l'exposition collective organisée par La Rotarienne des arts au prieuré Saint-Nicolas, avec des œuvres d'André Labode Bodin.

Photo : Jean-Claude Santier


PEINDRE LA BANLIEUE.DE COROT A VLAMINCK 1850-1950

Avec le temps, une oeuvre d'art s'éloignera fatalement du sens que, par provision, son auteur lui donne. Celui-ci, néanmoins, escompte secrètement cette méprise future comme une solution possible à son énigme. S'il est vrai que le fondement du discours interhumain est le malentendu, comme le disait Lacan, on devrait considérer l'art, ou la relation artistique comme un malentendu spécialement productif, paradoxal et iniitiatique. Ce ne sont ni les peintres, ni les regardeurs qui font les tableaux, mais la conjugaison de l'inconscience des uns et des bévues des autres : ils se déchargent l'un sur l'autre de la responsabilité d'un sens qui ne finit pas de leur échapper.
Comme on peut dire sur la même formule que sur les paquets de cigarettes "l'absence de culture peut provoquer une mort lente et douloureuse". L'art est la source de l'humanité. L'évolution de l'oeuvre d'art a accompagné celle du langage, avec une fonction distincte, coté langage, le raisonnement, la connaissance objective, côté art, la participation émotionnelle à la vie sociale. Ceci est tellement juste, que l'enfant qui dessine essaie de communiquer, d'exprimer ses propres états intérieurs. En général, les dessins des enfants sont à la fois variés, certes, mais très stéréotypés, comme les bonhommes têtards. C'est ce que l'enfant voit du monde, d'abord essentiellement des visages, ce qui ne relève pas d'une créativité artistique, il manque cette alliance de la raison et des émotions qui caractérise l'oeuvre d'art construite, délibérée, avec distanciation et suivant un projet.
C'est un fait ! 40 000 ans avant notre ère, avec Homo Sapiens, on trouve à la grotte Chauvet des parois peintes dont la qualité artistique vaut bien de mon point de vue toute autre production ultérieure. On arrive au sommet de l'art aux origines mêmes de l'Homo Sapiens, où l'art se développe dans toute sa liberté, son exubérance.
"[Cette] exposition Peindre la banlieue embrasse de manière originale l'épopée d'un genre pictural la Peinture de Paysage qui, après avoir tardivement gagné en France ses lettres de noblesse puis connu son apogée au XIXème siècle, perd son sujet avec le naufrage du paysage en temps que représentation de la Nature."
Chaque étape de ce parcours réunit ainsi plusieurs générations d'artistes autour du sentiment à la nature ou autour d'une vision politique du paysage qu'il dénonce les ravages opérés par l'essor industriel. Les peintures de lieux sereins et de paysages vierges abondent au XIXème siècle. "Peindre la banlieue se fait l'écho dans sa première partie de la beauté de la nature qui règne dans les toiles de Corot, Daubigny, Lépine, Jongkind..., des peintres qui semblent avoir arrêté le temps sur une note admirable."
"Dès le milieu du XIXème siècle, Paris sort de ses murs et l'unité urbaine se dissout. Comme en témoigne Monet avec La Gare d'Argenteuil, en 1872, et Dantan avec celle de Saint Cloud, en 1880, le chemin de fer et ses locomotives noires et fumantes deviennent un motif pictural fascinant, en même temps qu'un moyen de transport idéal pour les artistes qui vont se déplacer en bandes pour peindre "sur le motif", chevalet pliant et tubes de couleur en bandoulière. C'est ainsi qu'une grande fraternité, généreuse et débridée, caractérise cette époque où les artistes se mêlent toutes tendances confondues."
"Deux visions de la banlieue vont alors s'opposer : la banlieue rieuse et la banlieue triste. La première décrite par Caillebotte, Luce, Marquet, Le Sidaner ou Dufy, énumère les loisirs qu'offrent les bords de Seine ([qu'il s'agisse de] canotage, baignade, parties de pêche, voile, aviron, [ou plaisirs des déjeuners sur l'herbe])."
Puis, vient "le paysage de la banlieue qui pleure, misérable, polluée, sinistre, dépourvue de nature et d'humanité", dès 1925 où "Fautrier décrivait une banlieue boueuse, sans horizon", Delplanque "une banlieue pauvre, une neige sale". En 1954, Fougeron dans son "Paysage de la vallée de Chevreuse, dépeint une campagne en déshérence, en employant des couleurs froides, en montrant une charrette à l'abandon, des arbres morts". "Vlaminck l'un des" fauves" les plus incandescents quitte provisoirement ses terres pour dresser au bitume un portrait  à charge de la région parisienne avec Clamart en 1938."
"Quant à Delpech, le militant, il livre en 1942 la vision de l'usine la plus terrifiante de sa génération, La centrale électrique près de la Seine, parée des feux de l'enfer". "En 1951, Toffoli, saisit les silhouettes des grues noires du Quai à Ivry sous la neige, baignées par une lumière glauque qui renforce l'aspect inquiétant de ces objets démesurés. Les grues font écho aux roues des machines de Mellé qui en 1879, découpaient la nuit dans Les Carrières de Gentilly sous la neige. En 1950, l'essor industriel entraîne l'aménagement du territoire : on creuse, on exploite la terre,le relief se modifie ainsi que la topographie de la banlieue."
La banlieue a inspiré aux peintres des sujets et des interprétations plastiques jamais encore confrontées lors d'une exposition, en admirant ces 150 oeuvres signées d'artistes reconnus comme Caillebotte, Cézanne, Corot, Daubigny, Lhote, Gromaire, Duffy, Picabia, Eliot, Hervier, Eliot, Emile Cavallo-Peduzzi, Lint, Signac, Guillaumin, Luce... Si la majorité des peintres paysagistes se tient à distance des mouvements d'avant-garde au début du XX ème siècle, certains d'entre eux célèbrent le progrès en se saisissant de l'alphabet plastique du cubisme de l'orphisme, et parfois même de l'abstraction.
Bref, entre 1850 et 1950, les peintres exposés ici auront fait du paysage et de la banlieue un sujet qui intéresse autant l'histoire sociale comme je l'expliquais au début, que l'histoire de l'art.

Jean-Claude Santier

Peindre la banlieue, de Corot à Vlaminck, 1850-1950, jusqu’au 10 avril. Atelier Grognard, 6 avenue du Château
de Malmaison, à Rueil, www.mairie-rueilmalmaison.fr Les citations sont tirées de Anne Brandebourg, "De l'arbre à la cheminée ou la mutation du paysage entre 1850 et 1950", Vallée de la Culture 14, Revue culturelle du Département des Hauts de Seine, Hiver 2017, pp. 45-52.