Syndicat des Journalistes de la Presse Périodique

Evènements, découvertes et rencontres, Février 2017

Notre confrère Olivier F. De Felice et sa fine équipe partagent leurs découvertes, leurs événements marquants du mois et leurs créatives rencontres.

Nos articles ont pour simple ambition de suggérer des pistes d’exploration et de recherche parmi les nombreux spectacles et les initiatives créatrices qui ont cours chaque mois en France, en Europe et ailleurs. Voici une proposition libre d’une sélection faite en équipe qui se veut éclairée, guidée par nos émotions, sans compromission dans nos choix. Nos rencontres sont le reflet et le témoignage de nos centres d’intérêt du moment, elles sont sources de découvertes et de créativité partagée. Retrouvez nos articles développés sur notre E-Journal GoutsetPassions.

OPERA

Fantasio, un opéra moderne et brillantissime – Pour sa réinstallation dans l’espace public foisonnant des arts vivants parisiens, l’Opéra Comique fait fort et nous délivre un summum d’excellence scénique, symphonique et lyrique en la représentation de ce bel opéra de Jacques Offenbach Fantasio. C’est dans le noble écrin du Théâtre du Châtelet que nous sommes reçus par le service de presse de l’Opéra Comique pour cette seconde représentation parisienne d’un spectacle très attendu par les mélomanes parisiens et par la critique venue nombreuse ce soir-là. C’est en effet une nouvelle création innovante et une première lyrique pour le jeune prodige français de la mise en scène, le talentueux Thomas Jolly, qui signe là l’une de ses créations les plus réussies à ce jour.
Nous découvrons ainsi sous les ors du Théâtre du Châtelet ce brillant opéra en trois actes écrit à partir de la pièce de Musset et qui fut à sa création princeps écourté du fait de l’esprit commun de cette époque, dans une France défaite peu encline à évoquer des troubles guerriers (1ère représentation en janvier 1872, au lendemain de la défaite française contre la Prusse). Car l’histoire portant cet opéra est digne du classicisme romantique et baroque : le roi de Bavière souhaite marier sa fille Elsbeth au prince italien de Mantoue concluant ainsi la paix et évitant une guerre qui menace. Le jeune Fantasio troublera ces plans royaux en se déguisant en bouffon du roi, un jeu de passe-passe adroit qu’épousera aussi le prince italien en inversant son prestigieux rôle avec celui de son fidèle valet.
L’intrigue est ainsi lancée, jouant de rebondissements, de quiproquos et de désillusions, mais aussi faite de passion, d’amour et de haine. L’histoire est belle, poétique et romancée, nous tenant en haleine de bout en bout.
Ce qui réveille réellement cet opéra, c’est son traitement résolument moderne fait par Thomas Jolly, ses costumières et ses décorateurs (des décors de Thibaud Fack). Une relecture audacieuse et avant-gardiste des codes de l’opéra qui feront ainsi monter sur scène une bande de joyeux lurons grimés en harry-potters ou gavroches modernes, chaussés de Doc Martens colorés. Un opéra décomplexé qui libère toute son énergie. Le jeu scénique est dynamique et enjoué, les décors astucieusement mobiles et l’effet des lumières et d’artifices lumineux en harmonie avec cet ensemble de contrastes  d’ombres et de lumières. La force scénique est ancrée dès le début du premier Acte, on sent la tension, la joie aussi, le drame et l’amour.
De belles scènes nous saisissent d’émotion, comme cet ode à l’amour de la princesse hésitante à suivre son coeur ; le final de l’Acte I et celui du dernier Acte sont des apothéoses chantées grandioses. On aime ces téléscopages temporels d’univers scéniques différenciés, ces ballons roses de mariage au milieu d’une scène résolument sobre et surtout le jeu spacial de ces acteurs-chanteurs d’exception. On distinguera particulièrement la force et la maîtrise vocale de Marie-Eve Munger jouant la princess Elsbeth et de Marianne Crebassa jouant Fantasio (un rôle masculin traditionnellement chanté par une femme). Le valet du prince personnifié  par Loïc Félix www.loicfelix.com est aussi un élément comique brillant de cette joyeuse troupe d’excellence. Le tout est réhaussé par la parfaite maîtrise symphonique de l’Orchestre Philharmonique de Radio France placé sous la généreuse direction de son chef d’orchestre  Laurent Campellone. Ainsi, nous avons assisté à une représentation d’exception, un bel opéra modernisé par l’art personnel de Thomas Jolly, qui en fait une relecture branchée et vivante. On aime et la salle ravie célèbre autant de courage, de travail et d’audace. Sans aucun doute l’un des meilleurs opéras de cet hiver, à ne pas manquer. Une production distinctive de l’Opéra Comique qui marquera certainement l’histoire de l’opéra français. Nos remerciements s’adressent à Alice Bloch-Rattazzi du service de presse de l’Opéra Comique.

BALLET

La Bayadère, Un magnifique ballet de qualité - Quelle joie indicible que d’assister au célèbre ballet La Bayadère ! Une belle exécution servie par les talents émérites de l’Orchestre National de Russie, en particulier par les danseurs de ce ballet russe d’exception: le personnage de Gamzatti joué par Ekaterina Borchenko (Danseuse principale du Théâtre Mikhailovsky), le personnage de Nikiya par Natalia Matsak (Etoile de l’Opéra de Kiev – Ukraine), le personnage de Solor par Ernest Latypov (Soliste du Théâtre Mariinsky).
L’histoire enchanteresse, d’amour, de drame et de vengeance sont magnifiés par des décors orientalisants: nous sommes plongés dans l’Inde telle que vue par l’Europe au 19ème siècle, riche de ses mystères, de ses sortilèges et son exotisme dépaysant. Les décors et les jeux de lumière sont splendides, nous sommes émerveillés par autant de prouesses, le ballet tout entier résonne comme un seul être, en particulier dans cette fameuse scène de la descente des femmes Willis sur le Nil dans le Royaume des Ombres qui fait l’entrée de l’Acte II, l’un des pas classiques élégants les plus connus au monde et aussi l’un des plus difficiles à exécuter. Le ballet se met en mouvement doucement à ses débuts, plantant le décor de cette Inde royale et majestueuse, pour connaître un crescendo joué par l’intrigue, l’amour et la vengeance des personnages: Solor est un guerrier valeureux servant à la cour du rajah Dugmanta. Il est épris de la jeune bayadère Nikiya, danseuse-esclave et servante. Or le rajah impose que le beau guerrier se marie avec sa fille, la princesse Gamzatti. Le grand brahmane, qui veut aussi faire sienne la bayadère, va manoeuvrer pour que ces mutliples dessins ne puissent pas prendre forme. La bayadère est ainsi piégée, mordue par un serpent, elle refuse l’antidote du grand brahmane et préfère mourir que de vivre sans Solor. Solor ira jusqu’au royaume des morts pour la retrouver.
Un beau conte poétique enjolivé par une prestation parfaite saluée par les balletomanes, un orchestre symphonique enthousiaste et un public acquis venu nombreux en ce dimanche au Palais des Congrès de Paris. Ce ballet fantastique fut écrit et présenté par le chorégraphe français Marius Petipa, une création princeps en date du 23 février 1877 présentée au Kirov de Saint-Petersbourg sur une musique de l’autrichien Léon Ludwig Minkus. Il est resté inconnu du public Ouest-Européen jusqu’au 4 juillet 1961, présenté à l’Opéra Garnier lors de la première tournée du Kirov à l’Ouest et en 1963 Rudolf Noureev le danse pour le Royal Ballet, ce sera d’ailleurs sa dernière création en 1992 pour l’Opéra de Paris. La production Aramé (France Concert) nous ravit ainsi d’un magnifique spectacle qui est désormais en tournée en France, Belgique et Suisse, un spectacle à aller voir pour sa grande beauté et les belles émotions qui s’en dégagent. Nos remerciements s’adressent à Fanny Martinenq d’Aramé Productions et à Ludmila Kudjakova.


THEATRE

C’est Noël tant pis, une comédie fine et efficace – L’émérite agent de presse Pierre Cordier a l’amabilité de nous convier à découvrir la pièce C’est Noël tant pis, une belle production du Théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées qui est jouée sur une scène parisienne que nous aimons beaucoup, la Comédie des Champs-Elysées. Il s’agit d’une prolongation, suite au succès reçu de la critique et du public, nous avons hâte de découvrir de quoi il retourne. Nous retrouvons les ors et dorures de la Comédie des Champs-Elysées en ce samedi soir, devant un public gai et attentif. La pièce commence et plante le décor: nous sommes dans l’intimité familiale d’un jeu malsain tragique mais aussi comique d’une famille française, la veille de Noël. Les deux grands acteurs Bernard Alane et Silvia Laguna qui campent le père et la mère tiendront en haleine le public durant la première partie par un jeu remarquable, qui habille la scène à lui seul. Une scène composée d’un décor minimaliste mais aussi bien conçu, évolutif. Le texte est riche mais également commun, parfois choquant, il est vrai, fort et très vite les touches d’humour fusent. C’est un humour mis en abîme, qui caresse les miroirs de nos propres familles. On en rit, on en pleure presque aussi, le drame humain dans toute sa splendeur (violence et suicide), c’est loufoque et iconoclaste simultanément. On retrouve ici la plume acérée de l’auteur français reconnu Pierre Notte. Une pièce dansée et chantée, qui traite avec légèreté nos humeurs, nos humours, nos amours. Ses personnages sont à la fois attachants et détestables. Tout d’un coup, la pièce s’emballe et décolle vraiment, ceci correspond à la destruction du décor par la belle-fille et les deux fils sortent de leur réserve pour donner toute la puissance de leur jeu scénique. C’est fort et brillant, direct comme un upercut. On rit encore plus, on s’esclaffe, on dramatise lorsqu’un suicide se prépare, lorsqu’on s’en prend à la grand-mère. Tout y passe: les travers familiaux, les impudeurs, les secrets révélés et les aveux extorqués, du grand portrait social peint au vitriol. Notte définit ici un style comique bien à lui: léger et subtil, tout en traitant des sujets lourds, nos abandons, nos résignations, il questionne aussi l’homme, l’humain, le couple, la société en somme. Une pièce parfaitement conçue et remarquablement jouée, un bis repetita rondement mené et divertissant à aller découvrir en ce début d’année 2017. 

MUSIQUE CLASSIQUE

Musique de chambre à la Philharmonie de Paris, un concert international exceptionnel – La dynamique production classique Piano4Etoiles nous réjouit de productions de qualité sur de grandes scènes, à l’instar de la très belle salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. Sur l’aimable invitation de l’agent de presse spécialisée Florence Petros, nous nous rendons en ce lundi soir 30 janvier dans ce beau bâtiment moderne, parfait écrin acoustique pour avoir le plaisir de vivre l’un des concerts les plus saisissants de ce début d’année. Deux étoiles montantes internationales de la musique classique font brillante équipe ce soir-là: le prodige grec du violon, le formidable Léonidas Kavakos en duo avec l’extraordinaire maestro chinoise du piano, la charismatique Yuja Wang. Les deux artistes forment un couple sur scène des plus éclectiques, harmonieux et virtuose, un régal d’excellence. Le public parisien est venu nombreux ce soir pour une telle célébration conjointe de hauts talents. Le concert s’engage sur un thème difficile d’accès, la Sonate pour violon et piano JW7/7 de Leos Janacek, écrite par le compositeur tchèque avant puis après la Ière guerre mondiale. On y sent les singularités, les tensions, la force, peut être le chaos aussi. Un texte peu facile à aborder pour une entrée en matière. Un choix que l’on peut questionner mais l’interprétation duale y est forte, précise, parfaite.
S’en suivent la Fantaisie pour violon et piano D.934 de Franz Schubert, un texte brillant, déclamé avec vigueur et vivacité par l’excellent violoniste grec, conforté par la maîtrise impeccable de l’artiste chinoise. Du grand art, le concert commence à connaître sa pleine intensité émotionnelle, on a plaisir à fermer les yeux à cette belle écoute et à s’imaginer dans un rêve ou un voyage romantique. Quelle présence sur scène pour ces deux artistes, à eux seuls ils emplissent cette grande salle de sonorités limpides captivantes. Le public écoute religieusement, le son est tout aussi emplissant et enveloppant que si nous assistions à une concert d’orchestre symphonique.
Après l’entracte, le français Claude Debussy est à l’honneur pour une création présentée par l’auteur à la Salle Gaveau en 1917 qui sera sa dernière apparition publique, la Sonate N°3 pour violon et piano en Sol mineur. Un chef d’oeuvre de classicisme romantique, qui nous fige dans un état admiratif et contemplatif. Les deux virtuoses s’emparent de cette partition avec force et fougue et nous livrent un moment fort en cette salle grandiose de la Philharmonie, un moment mémorable.
Bela Bartok et sa Sonate pour violon et piano N°1 Sz.75 clôturera le concert, une œuvre présentée par son auteur en 1921 à Budapest. Le folklore magyar s’y exprime, usant de circonvolutions et d’enchaînements enjoués, marquant des tempos et des allegros qui se répondent. Une œuvre qui est la quintessence de l’expression artistique du piano et du violon, servie par deux excellents interprètes. Ce concert fut un très agréable moment de pureté artistique, dense et fort, un concert de très haut niveau, l’un des plus enthousiastes de cette rentrée 2017.

CIRQUE 

Le Cirque Grüss, un cirque magistral et fantastique – Chaque année, en cette période des fêtes , petits et grands aiment célébrer la féerie de la vie ; la joie de retrouvailles familiales nous donne envie de vivre des moments exceptionnels. C’est ce que nous aimons en faisant la belle expérience immersive et sensorielle d’un très grand spectacle de cirque, tel celui du fameux cirque Alexis Grüss, l’une des plus illustres grandes maisons circassiennes françaises. Installé dans le Bois de Boulogne à Paris 16ème, le haut chapiteau lumineux nous salue joyeusement. Nous sommes ravis à l’idée de vivre du nouveau spectacle haut en couleurs Quintessence, leur 43ème création, issu des meilleures traditions du cirque français et modernisé par l’apport artistique élégant des Farfadais, les émérites équilibristes-acrobates français de niveau international.
Les Farfadais sont des acrobates hors pair, ils illuminent le haut chapiteau de leurs danses aériennes harmonieuses, c’est époustouflant, virevoltant, tout ne tient qu’à un fil mais c’est si maîtrisé que cela devient sublime. On retient son souffle, c’est périlleux mais la magie l’emporte, on applaudit à chaque exploit, surhumain. Fidèle à sa réputation d’excellence, au sol, la part belle sera donnée aux chevaux, magnifiques destriers au service des voltigeurs équestres de la grande troupe Grüss. L’exécution des numéros est remarquable, nous assistons à un grand spectacle de niveau international, irréprochable. Le spectacle est fluide, sans temps mort. Les scènes alternent humour et beauté, gravité et poésie, c’est très réussi.
Nous avons plaisir à vivre de belles émotions qui nous sont provoquées spontanément, c’est la beauté de la simplicité de ces numéros où rêve et imaginaire sont sublimés par une technique infaillible. Nous mesurons alors le niveau d’excellence de ces artistes, musiciens et athlètes de l’extraordinaire, qui sans cesse renouvellent leur performance à couper le souffle. Tout est beau et fantastique dans cette formidable assemblée de talents.
Le spectacle est un doux rêve de l’émerveillement, une symphonie magique enjouée et énergique qui nourrira les familles et les spectateurs de joies vives. Equitation de haut vol, numéros spectaculaires (en particulier l’équilibriste sur échelles), voltige magnifique (Les Farfadais), tous les ingrédients d’un spectacle chatoyant et remarquable sont réunis ici. L’un des plus beaux spectacles de cirques vus, un incontournable de cet hiver.

Chers lecteurs et confrères, retrouvez l’ensemble de nos articles développés dans chacune de nos rubriques spécialisées. Bonnes lectures, joyeuses découvertes et bons spectacles.

  Olivier F. De Felice, assisté de Didier Princi – Février 2017
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Crédits photos :
-    Philharmonie de Paris : Piano4Etoiles
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