Syndicat des Journalistes de la Presse Périodique

Un art contemporain de la montagne

Notre confrère Jen-Luc Favre-Reymond nous propose la découverte de l’œuvre de Thomas Gachet

UN ART CONTEMPORAIN DE LA MONTAGNE ENFIN REVELE !

En matière d’art contemporain la difficulté principale consiste précisément à proposer une ou des définitions, qui trouvent leur point d’ancrage dans une historicité plausible, et repérable, au sein d’un schéma de création  artistique qui conditionne les émergences, qui ne soient pas simplement la conséquence des seules intentionnalités en la matière. Difficulté d’autant plus grande lorsqu’il s’agit d’emprunter à l’histoire de l’art des contingences réelles, au présupposé géographique, qui détermine en second lieu, la capacité d’inspiration de tel ou tel artiste, dont le lieu de création, s’insinue bien alors dans la création elle-même sans en altérer la source initiale.

La montagne comme territoire d’exploitation

La montagne en règle générale inspire depuis tout temps des artistes de tout bord. Et ce depuis au moins deux bons siècles. Peinture naturaliste s’il en faut, dès le début du XIXe, inspirée le plus souvent du voyage, supposant une contemplation préalable, mais qui rappelons ici n’a rien d’exceptionnel. Reproduire à l’exactitude est à la portée de n’importe quel peintre du dimanche, certes doué d’un certain talent, mais est-ce suffisant pour autant, pour opposer une vraie création, qui ne soit pas le seul reflet d’intentions primaires, éloquentes peut-être, mais certainement pas révolutionnaires. . Bien sûr que non !

Le XXIe siècle à portée de tous

Le XXIe siècle à portée de tous si l’on considère une création artistique qui a fait son temps en dénombrant en amont toutes les sources possibles d’inspiration, pas sûr justement, sur des territoires parfois austères et parfois inviolables qui finalement se soucient peu de l’homme ! Retranscrire alors un cheminement dont la nature même reste indéterminée, hormis quelques exceptions salutaires. C’est plutôt rare, sauf de tomber encore et inévitablement dans un décorum d’apparat parfaitement ennuyeux. Pourtant il existe ici quelques artistes dignes de ce nom souvent discrets, dont la démarche vise précisément à transgresser les idées reçues, en proposant de nouveaux concepts créateurs, qui ne doivent rien au temps passé. C’est le cas notamment de Thomas Gachet né en 1988, et qui propose dans le cadre d’une exposition à la Maison des Arts d’Aime en Savoie, sous la houlette de Marie-Laure Bazzani,  une formulation plus intelligible, de ce qu’il qualifie lui-même d’AUTHENTIK sans dénaturer une inspiration symbiotique dont il se veut l’émanation.

La trame conductrice : des messages clés

L’idée de la performance est au centre de cette exposition construite  sur la base du "pouvoir voir". Mais quoi au juste ? Thomas Gachet, conscient des limites visuelles et fort d’une solide formation en architecture, sait comment élaborer des espaces, à la fois ouverts sur l’extérieur, mais également susceptibles de contrecarrer les émotions en perturbant précisément le regard, et en appliquant, tout azimut, un schéma directionnel propice à la "divagation", mais mieux encore en qualifiant, la notion d’espace, comme la possibilité d’inscrire au mur, l’idée d’une totale liberté, en sortant d’un classicisisme forcené. Tel est bien alors l’objectif de Thomas Gachet, emprunter au temps, la mesure du temps, en juxtaposant habilement les parcours, à travers différents formats, "non formatés",  sans se soucier de ses propres limites. Une véritable bouffée d’air en somme !

Jean-Luc Favre-Reymond


Exposition AUTENTIK à la Maison des Arts d’Aime, Savoie, du 10 mars au 27 avril.