Syndicat des Journalistes de la Presse Périodique

Au-delà des étoiles

Conçue en collaboration avec l'Art Gallery of Ontario, l'exposition propose une nouvelle lecture de la peinture du paysage au tournant du siècle en mettant l'accent sur les interrogations mystiques des artistes vivant à cette période...

Cette réflexion trouve son origine dans les influences attestées entre les artistes du nord de l'Europe et les Canadiens dans la représentation sacrée de la nature, ainsi que les peintres de cette époque des courants impressionnistes, symbolistes et nabis.
Les sections de cette exposition se déclinent en contemplation, bois sacrés, Le Divin dans la nature, l'Idée du Nord, La Nuit, Charles-Marie Dulac, Paysages dévastés, Cosmos.
On en ressort un peu comme si on venait d'atterrir par cette élévation vers l'infini, l'épreuve de la nuit, la quête de la lumière, la recherche de la fusion, de la transcendance, avec une quête spirituelle pour certains.
Il est vrai que le terme du mysticisme est très large. Il concerne toutes les croyances religieuses ou non, pour s'interroger sur sa place dans l'univers, et cette perception naturaliste laisse place à une vision symboliste du paysage.
Il existe de multiples façons pour un artiste de trouver une harmonie entre sa foi et son art. Question de personnalité, de style, d'époque, où il semble que l'abstraction est un des moyens d'y parvenir.
Dans cette exposition, nous pouvons voir un cheminement, de quelles manières cette quête spirituelle s'accompagne d'une évolution formelle, où le parcours s'achève sur le cosmos. On quitte la terre pour l'espace et là on réalise que dans cet univers on est vraiment peu de choses.
Tous ces tableaux de Gauguin, Denis, Monet, Hodler, Klimt, Van Gogh, Dulac, Hablick, Harris, Thomson, Carr ne sont pas montrés souvent au public.
On constate que Monet, Van Gogh, ou même Klimt ont produit des oeuvres suscitant chez le spectateur un sentiment de transcendance, alors que l'objet tend à s'effacer au profit des couleurs, pour mieux les contempler.
Le thème du bois sacré adopté par Paul Gauguin et les peintres Nabis lors de leurs séjours à Pont-Aven, est l'un des exemples les plus significatifs d'une interprétation symboliste. La quête spirituelle  touche l'artiste de la fin du XIXe siècle avec une résonance différente selon son éducation religieuse, la culture de son pays ou encore de ses réseaux d'influences.
Dans les contrées septentrionales, des artistes comme Willusem, Strindberg, Fjaestad utilisèrent la nature comme moyen d'expression pour traduire leurs questionnements mystiques.
Temps de rêve et du mystère, la nuit a toujours séduit les artistes, et la génération des symbolistes s'est notamment inspirée des atmosphères nocturnes pour donner lieu à des interprétations à plusieurs degrés : nuit réelle, nuit de l'âme, symbole de mort, silence, solitude, mais aussi lieu de transcendance et moyen possible d'union avec le Divin. La nuit intérieure de l'homme que constitue le mal retentit douloureusement suite au drame de la Première Guerre mondiale.
La déambulation dans cette exposition se termine par le spiritisme et la science qui se rejoignent quand il s'agit d'appréhender l'univers, autre paysage mystique, inspirés par des vulgarisateurs scientifiques comme le fut en Europe, l'astronome et écrivain Camille Flammarion.
De plus, ce XIXe siècle marque une nouvelle ère dans l'histoire de l'astronomie, avec la révolution industrielle qui dynamise toutes les recherches scientifiques et accélère les savoirs. Alors que le cosmos se révèle être bien plus vaste qu'on ne l'imaginait, les connaissances sur les évolutions des espèces progressent après les théories de Darwin, Jules Verne n'est pas en reste avec De la terre à la lune, et bien des artistes tels George-Frederic Watts, tentent de mettre en image la force créatrice du cosmos, puis Edward Munch qui saisira l'essence de la nature qui revient à dépasser le visible. Il tente de fixer l'impression rétinienne et cérébrale, et ce symbole de l'esprit qui anime la matière.
Tous les paysages choisis : un champ d'oliviers, un sommet enneigé, une pierre cristalline, les cathédrales entre la terre et le ciel, les métaphores de la vie, le semeur de Van Gogh et la vision d'après le sermon de Paul Gauguin, l'apparition d'Odilon Redon dans le Bouddha, cette sainte montagne cadre naturel, environnement géologique, paysages de roches et de neige, le pélerin d'Assise, dans la conversion au catholicisme de Charles-Marie Dulac, qui l'a conduit en Italie, l'apocalypse, et la désolation des paysages aux corbeaux par le viennois Egon Schiele, prémonition à la Première Guerre mondiale, et les lotissements célestes de Wenzel Hablik qui a participé à l'avènement de l'expressionnisme en Europe, et contribué au développement d'un ensemble d'utopies architecturales, tout cela concourt à recommander cette exposition atypique qui symbolise la foi, la nature, la terre, le ciel et l'ampleur de l'univers.

Jean-Claude Santier

Au-delà des étoiles. Le paysage mystique de Monet à Kandinsky, Musée d'Orsay, 14 mars - 25 juin 2017, exposition organisée par le musée d’Orsay, Paris, et l'Art Gallery of Ontario, Toronto. Voir le communiqué de presse du Musée d'Orsay.