Syndicat des Journalistes de la Presse Périodique

Centenaire d'Auguste Rodin

Notre confrère Jean-Claude Santier nous invite à découvrir les expositions autour du centenaire d'Auguste Rodin

KIEFER ET RODIN

Rodin réussit à exprimer sa force et son génie. Ce Musée nous montre bien quel était le niveau atteint et jamais égalé lorsqu'il donna tout son oeuvre et ses collections à l'Etat, il avait déjà longuement mûri sa réflexion de la création de son Musée et sa motivation était claire, sa sculpture devant sa pensée, pour servir aux générations futures d'artistes. Nous voyons toute son oeuvre les plâtres, marbres, bronzes, pierres,et dessins.
C'est pourquoi exposer des sculpteurs contemporains a montré que la transmission de sa pensée avait été respectée, et c'est ainsi qu'invité en 2013 par le Musée à travailler à partir de l'ouvrage Les cathédrales de France publié par l'artiste, il y a un siècle, Anselm Kiefer a très vite souhaité élargir ses investigations à l'ensemble de l'univers créatif du sculpteur.
Dans le cadre du centenaire de la disparition de Rodin, cette exposition témoigne de la rencontre singulière de ces deux démiurges, pétris de liberté au delà de toute contrainte artistique. Kiefer nous montre une nouvelle manière de regarder Rodin, il essaie de voir où il se situe dans l'infini, de chercher cette notion de la vie et de l'art comme un continuum dans cet infini qui est au coeur de la pratique de Kiefer. Rodin lui, prend, coupe,assemble, retourne et multiplie les mêmes figures et fonde cette manière dans une réplique extraordinaire : "Et les cathédrales, est ce qu'elles sont finies?"
Une série de dessins retrace la réflexion de l'artiste sur la dimension organique qu'il attribua à ces édifices. les croquis d'architecture se transforment progressivement en silhouettes féminines, volontiers détournées ou métamorphosées en éléments ornementaux puis en figures allégoriques. En publiant au crépuscule de sa vie Les Cathédrales de France, Rodin espérait, par cet ultime hommage, les arracher définitivement de l'oubli.

Kiefer-Rodin, du 14 mars au 22 Octobre 2017, Musée Rodin, 77, rue de Varenne 75007, Paris. Voir la présentation de l'exposition sur le site du musée Rodin.

LE CENTENAIRE DE RODIN

Disparu en 1917, Auguste Rodin est le père de la sculpture moderne. L'exposition de ses chefs d'oeuvres inaugure cette commémoration.
On aurait pu s'attendre à une présentation chronologique de sa carrière et de sa vie. Il semble qu'il s'agissait d'un fait insurmontable car il a deux musées celui de Paris et celui de Meudon, et les commissaires de cette exposition du centenaire ont préféré montrer à quel point il a changé de son vivant, le regard, et innervé le travail de ses contemporains en effectuant cette transmission de son travail, tant à ses contemporains qu'à ses descendants qui poursuivent grâce à lui dans le monde entier son art tel qu'il l'a pensé, conçu.
Les  oeuvres phares comme L'Age d'airain, Les Bourgeois de Calais, Le Penseur, le Jeune homme assis, le Baiser qui fut commandé par l'Etat en 1888 sont mises en avant, tant au Musée qu'au Grand Palais, et le moins que l'on puisse dire est que Rodin reste un cadeau somptueux pour le scénographe.
Ce Rodin précurseur est au coeur de cet événement car il a scellé dans la pratique de la sculpture traditionnelle, Rodin a revisité toutes les facettes de cet art du volume et de la lumière.
De plus, ll a changé le cours de la sculpture de manière novatrice, explorant les passions humaines, utilisant le langage du corps, pratiquant des assemblages surprenants dus à son génie, tellement ils peuvent nous paraître inattendus rompant avec l'unité du corps dans les figures partielles. Ses dessins découpés ou collés précèdent la pratique de Matisse et Picasso, son rapport à la photographie annonce celle de Brancusi.
A chaque phase déterminante de l'histoire de la sculpture au XXe siècle un Rodin différent a été mis en lumière. ces mutations du regard contemporain loin d'épuiser l'oeuvre de l'artiste ont permis un enrichissement de sa compréhension et c'est une des raisons hormis son talent inoui et d'avant-garde de sa pérennité en 2017.
La meilleure preuve reste le film Rodin avec Vincent Lindon,et avec Izia Higelin en Camille Claudel. Le Musée de Rodin peut aussi être considéré comme héritier de Rodin et la carte blanche donnée à Anselm Kieffer montre s'il en était besoin que cette rencontre, qui a permis de découvrir d'autres oeuvres de Rodin totalement méconnues qui viennent d'être mises en lumière.
Il me vient à l'esprit cette réflexion d'un ouvrage qui vient de paraître chez Fayard d'Edgar Morin. qui pense qu'il faut régénérer la culture dans son dernier ouvrage Connaissance, ignorance, mystère et cette phrase aurait pu être celle de Rodin : "Il nous faut sauvegarder dans notre enseignement les humanités qui sont précieuses pour la fécondité de notre condition humaine".

Jean-Claude Santier

Rodin, l'exposition du centenaire, Grand Palais, Galeries nationales, Paris, Du 22 mars au 31 juillet 2017. Voir la présentation de l'exposition sur les sites du musée Rodin et du Grand-Palais.