Syndicat des Journalistes de la Presse Périodique

La femme dans l'Art nouveau

A découvrir au Musée de la carte postale – Le carton voyageur à Baud...

A débuté le 1er Février cette exposition mettant en avant la femme dans l'Art Nouveau et vous aurez tout le temps pour vous y rendre en passant dans ma Bretagne natale puisqu'elle se termine le 30 décembre 2017 en ce lieu unique en France, et qui force l'admiration par la compétence des personnels et de la richesse des collections.
Le courant Art Nouveau a laissé sa marque dans l'imaginaire collectif à travers les oeuvres d'artistes comme Alfons Mucha, René Lalique ou Louis Majorelle, et tous les domaines de l'art s'y retrouvent, en sont imprégnés, y compris justement la carte postale, modeste objet du quotidien qui en porte aussi l'influence.
Le Musée de la carte postale dit Le Carton Voyageur Quatro nous entraîne à la découverte des mille visages de la femme Art nouveau.  A la fois muse inaccessible ou séductrice vénale, la femme de l'Art nouveau se décline sur tous les supports, en tous lieux, dans la rue, les plus modestes intérieurs par ce biais qu'est la carte postale. Inventée en 1869, la carte postale est alors très tendance. A ses débuts dans l'affichage moderne on y trouve Léonetto Cappiello qui ne se trompe pas en déclarant en père de l'affichage "non seulement je trouve charmante cette mode de correspondre par l'image, mais également intéressante, car si l'on sait en tirer parti, c'est un moyen de divulgation d'art très utile". Cette citation montre combien cette analyse était juste, et nous avons constaté qu'il a permis de s'exprimer dans la carte postale des illustrateurs reprenant la femme comme modèle en la pliant des représentations très construites comme par exemple:
- la femme-fleur toute en courbes et contre-courbes,
- la femme orientale sensuelle beauté rêvée d'Asie ou du Maghreb,
- la femme vestale gréco-romaine en toge légère,
- les artistes ou autres célèbres femmes du demi-monde, égéries inspiratrices, mais aussi les moqueuses caricatures inspirées par les outrances de la mode féminine contraignant le corps des femmes jusqu'à l'absurde entre corset et chapeau géant.
Revenons sur cet Art nouveau, qui prit son essor en pleine Belle Epoque, dans les années 1890 à 1910 s'il fallait les dater. A cette époque avide de modernité se développe un courant artistique qui se revendique en rupture totale avec ce qui se faisait autrefois. C'est l'Art nouveau, des artistes inventent un style, une façon d'appréhender la courbe qui domine la symétrie qui n'existe plus. Cet Art nouveau mouvement foisonnant puise son inspiration dans le monde végétal et la nature. Le Beau prédomine et doit devenir le quotidien de tous y amenant ornements et couleurs. C'est un Art total, complet, et c'est une des raisons de son succès par sa soudaineté, sa puissance, et qui touche tous les lieux d'expression dans les arts décoratifs et l'architecture.
Suivent de nombreuses expressions et interprétations au monde, d'abord en Angleterre, où on évoque Tiffany, en Allemagne Jugsmakroll, en Autriche Sezessionstroll, et dans notre nation à Paris c'est bien l'Exposition Universelle de 1900 qui a fait connaître aux pays présents cet Art et bâtir d'incroyables pavillons qui rivalisent en curiosités, et créativités.
Les illustrateurs ne s'y trompent pas et la petite estampe qu'est la carte postale devient aussi le lieu d'expression à travers le motif toujours recréé de la Femme à la fois muse et sujet.
Les affiches et les publicités ne sont pas en reste, car c'est une véritable révolution culturelle, une explosion de l'affichage qui envahit les murs des villes mais aussi les bourgs, hameaux. La publicité envahit tout espace libre près des halles de l'époque, et même près des églises.
A grands renforts d'illustration, on fait la promotion du bouillon Maggi, de ce vin cuivré Byrrh, du chocolat Meunier, du bébé Cadum, du chocolat Banania, des Chemins de fer de l'Ouest, nouveau moyen moderne de transport, des cigarettes JOB, puis viendront les calendriers, les cartes postales. Ceci provoque un bénéfice colatéral le renouveau de l'estampe, comme lieu d'expressio. De nombreux jeunes artistes et notamment Mucha, comme cela est si bien expliqué dans son musée à Prague où toute son oeuvre est rassemblée, qu'il a su en étant précurseur adapter son talent à tous les niveaux de la création artistique. C'est ainsi que dès 1919, cinq de ses tableaux de l'Epopée slave sont présentés au Clementinum, l'ancien collège jésuite à l'entrée du pont Charles. Deux ans plus tard, une exposition de cinq autres tableaux de Mucha se tient au Brooklyn Museum de New York  qui revêt un immense succès, et pour finir Mucha offrira le 21 Septembre 1928, âgé alors de 68 ans le cycle complet de cette collection à la ville de Prague. Il faudra attendre 2012 pour que  tous ces tableaux soit de nouveau exposés dans cette capitale, et son oeuvre occupe un pavillon propre comme l'artiste l'avait demandé.
N'oublions pas que Mucha a débuté sa carrière en France au 44, rue de Vercingétorix à Paris, où le directeur de l'imprimerie Lemercier s'approche de lui avec une des commandes les plus pressantes, une nouvelle affiche pour la pièce intitulée Gismonda, et cette commande vient directement de Sarah Bernhardt, travailler pour elle, c'est comme une promotion, la moitié de l'Europe admire la diva capricieuse. Les premières affiches furent collées sur les colonnes Morris près de l'Opéra. L'affiche de Gismonda réalisée par Mucha est devenu une légende que l'artiste aime raconter, et lui permit de devenir le plus grand décorateur du monde en ces années qui seront embellies et enrichies dans toutes les facettes de la société de cette fin de siècle. En effet, on les retrouve sur des tableaux, affiches, panneaux décoratifs, décors de théâtre, motifs de papiers peints, compositions murales, calendriers, illustrations d'ouvrages, emballages, étiquettes, menus et bien sûr cartes postales. On imprime ces motifs aussi sur différents supports, carton, textile, on les reproduit sur des tapis, on les grave dans la tôle, et ils deviennent même à l'occasion bijou ou meuble.
Il faudra attendre l'apparition de l'Art déco pour découvrir une femme plus autonome, plus libre alors que souffle un vent de simplification conduisant à l'utilisation de motifs plus dépouillés et de lignes géométriques. Là aussi, mais c'est une autre histoire, la carte postale sera au rendez-vous et accompagnera la modernisation de notre société.

Jean-Claude Santier

Le Carton Voyageur, Musée de la carte postale,  Le Quatro, 3, Avenue Jean Moulin 56150 Baud.

Crédits : © Collection Carton voyageur - Musée de la carte postale, Baud (56)