Syndicat des Journalistes de la Presse Périodique

Evènements, découvertes et rencontres, Avril 2017

Notre confrère Olivier F. De Felice et sa fine équipe partagent leurs découvertes, leurs événements marquants du mois et leurs créatives rencontres.

Nos articles ont pour simple ambition de suggérer des pistes d’exploration et de recherche parmi les nombreux spectacles et les initiatives créatrices qui ont cours chaque mois en France, en Europe et ailleurs. Voici une proposition libre d’une sélection faite en équipe qui se veut éclairée, guidée par nos émotions, sans compromission dans nos choix. Nos rencontres sont le reflet et le témoignage de nos centres d’intérêt du moment, elles sont sources de découvertes et de créativité partagée. Retrouvez nos articles développés sur notre E-Journal GoutsetPassions.

THEATRE

Des souris et des Hommes au Théâtre de la Michodière, Une pièce poignante et réussie - Nous avions hâte de nous rendre au célèbre Théâtre de la Michodière, un théâtre reconnu pour une sélection choisie des pièces artistiques et illustres qui fût l’hôte bienveillant des plus grandes pièces du répertoire français. Une première pour nous, découvrant les dorures et les sièges rouges flamboyants de cet édifice émérite. L’émotion est sensible dès l’entrée dans ce joli amphithéâtre si typique des arts vivants parisiens.
Traversons l’Atlantique et adressons nous au répertoire américain pour en distinguer l’une des pièces les plus connues de celui-ci, adaptée du roman Des Souris et des Hommes de John Steinbeck (Of Mice and Men, 1937). Une oeuvre monumentale que tout un chacun a pu étudier dans sa scolarité, un grand classique de littérature américaine.
Rien de classique ni de scolaire dans cette pièce choc adaptée en français par Jean-Philippe Evariste et par Philippe Ivancic (lesquels jouent sur scène un duo sensible et humain). L’action est campée : nous sommes sur les terres hostiles de l’Ouest américain, ces terres arides et chaudes de Californie, laissant place à un huis clos austère, violent, délétère et pesant.
Les personnages de George Milton et de Lennie Small, joués par Jean-Philippe Evariste et par  Philippe Ivancic respectivement – deux grands acteurs français de talent – tout comme cette troupe de dix acteurs d’une qualité de jeu constante, font figure de duo fait d’amitié franche et masculine, un couple plein de rêve prolétaire des terres promises de l’American Dream.
Leur complicité et leur camaraderie va être mise à mal au contact de cette grande famille du ranch sur lequel on les exploite, on les maltraite, on les alienne. Au fil du déroulé de cette pièce riche en suspens, mise en linéarité volontaire jusqu’à la chute finale abrupte, rien ne laisse présager les drames qui s’y préparent.
Le drame social germe dans ces haines, ces jalousies, cette violence brute, raciale et sans retenue qui se livrent sur scène. C’est fort et choquant, cela nous prend aux tripes. De l’inconstance des relations humaines naissent des dynamiques acerbes où s’entremêlent pauvreté, misère, autorité, dictature même. On sent l’homme seul, désemparé, déshumanisé. Les acteurs et les actrices jouent à merveille leurs rôles trempés dans l’acier américain de cette conquête de l’Ouest. La mort rôde et ce sera d’abord la souris fragile, le vieux chien, puis la femme poupée autant désirée que haïe, puis la trahison et le meurtre du fidèle compagnon par nécessité du désespoir.
Steinbeck nous emporte dans son monde brut de décoffrage, révélant l’humain à fleur de peau, avec ses faiblesses, sa sauvagerie aussi. Un conte philosophique sur fond d’Amérique en crise gave, pauvre et sans espoir. Une pièce à vivre, faute d’émotions dramatiques, un chef d’oeuvre joué à merveille. Nos remerciements s’adressent à l’agent de presse Alain Ichou et à Lilian Kreutz.

OPERA

D.I.V.A. au Théâtre de Montparnasse, L’opéra comique venu du futur - Notre première venue au Théâtre de Montparnasse fût saluée par une belle découverte, une rare surprise, un bijou de créativité lyrique. Nous fûmes très cordialement conviés par l’émérite agent de presse spécialisé Pierre Cordier à venir assister à l’une des représentations de ce nouvel opus de la très qualitative sélection de ce théâtre : D.I.V.A. Nous nous rappelons avec vive émotion d’autres pièces vues dans l’autre salle du Montparnasse, le moderne Petit Montparnasse où Chatouilles (Molière 2016) avait marqué nos esprits. S’y joue actuellement la pièce Alma Mahler, Eternelle Amoureuse où se distingue la talentueuse Julie Judd. L’écrin feutré rouge et or du Montparnasse sera la scène idéale à la création et à cette belle performance qu’est D.I.V.A.
Un choix fait par Myriam Feune de Colombi, de la Comédie Française, qui dirige avec expertise et passion le Théâtre de Montparnasse depuis 1984. Nous pénétrons ainsi dans une salle comble en ce dimanche 23 avril, un amphithéâtre baroque à souhait, signé Charles Peigniet, architecte français qui dessina le socle de la Statue de la Liberté à New-York.
Le show commence, nous sommes vite projetés dans un univers fantastique, comique et burlesque de bon aloi. Le travail des lumières et de la mise en scène saute aux yeux : les jeux de contre-jours, d’incrustations vidéo donne le La d’un spectacle résolument moderne, débarrassé de tout ce qui peut être guindé dans le lyrique.
On aime tout de suite ce quintet de chanteuses lyriques de haut niveau qui telles un seul corps, donne de la voix. C’est tout simplement prodigieux, leur aisance, leur puissance, leur belle énergie, tout. Nous ne sommes ni à l’opéra, ni au cabaret, ni au théâtre mais tout cela à la fois. C’est beau et efficace, subtil et décomplexé paradoxalement, D.I.V.A. vient de réinventer la façon de chanter et de présenter de l’opéra. Le public, conquis, en redemande. On apprécie cet aspect didactique, ces condensés ludiques de dix minutes des six opéras les plus populaire au monde. On y reconnaîtra ainsi La Traviata, Carmen, La Flûte Enchanté, Tosca, Don Giovanni.
Le jeu des divas est plein d’entrain, jouant de contrepèteries inattendues et ont cet art de faire rire son public par des touches et des mouches toujours à propos. Un exercice peu facile, joué avec brio par ces cinq grandes interprètes. On relèvera ainsi la très grande maîtrise vocale de chacune d’entre elles, accompagnés par un quatuor violon et violoncelle de jeunes talents prometteurs performant sur scène.
Ce spectacle est frais, lumineux, joyeux, parfait pour une sortie divertissante en ce printemps, il réjouit à souhait, on en pourra que le recommander pour se changer les idées et assister à une réelle performance de scène, non feinte. Couleurs, paillettes et feux d’artifices viennent au soutien d’une partition distinctive et originale, avec des costumes sans pareille, tout droit sortis de l’imagination d’un Jean-Paul Gautier habillant pour un film futuriste de Luc Besson (des costumes en réalité créés par le photographe Louis Décamps).
Manon Savary, la metteuse en scène a fait usage d’une créativité sans limites pour livrer un nouveau format unique de présentation d’opéra lyrique, c’est nouveau, révolutionnaire même! Enfin nous prenons plaisir à aller à l’opéra! Nous sommes déjà avides de découvrir une future version II de ce spectacle intimiste et grandiose, on adore !

MUSIQUE CLASSIQUE

Concert classique aux Invalides, l’un des grands concerts de l’année - Nous n’étions pas revenus dans la majestueuse Cour Carrée de l’Hôtel National des Invalides depuis les concerts d’hiver de l’année dernière du Musée de l’Armée et c‘est à l’occasion du très attendu concert d’Ophélie Gaillard, la célèbre virtuose franco-suisse du violoncelle que nous nous réjouissons de connaître à nouveau ces pavés et ces pierres taillées magnifiant les arts architecturaux français.
Très généreusement invités par le label français spécialisé en classique, le dynamique Aparté Music, nous sommes conviés ce 30 mars à découvrir un récital qui fera honneur au tout nouveau disque de la brillante interprète internationale. La foule des grands jours a répondu présent à ce rendez-vous lancé depuis de longs mois et un grand contingent des spectateurs vient des invités du CIC, mécène de la soirée.
Nous avons plaisir à redécouvrir les voûtes de la Cathédrale Saint-Louis faite construite par Louis XIV et à pouvoir assister depuis les premiers rangs à l’arrivée de l’Orchestre National de Lorraine, une formation de province émérite et renommée qui n’a rien à envier aux grands orchestres philharmoniques internationaux. On y distinguera son chef d’orchestre, le brillant et énergique Jacques Mercier qui sait conduire ce grand ensemble de talents d’une main de maître.
L’arrivée de la soliste Ophélie Gaillard, la star vivante du violoncelle, fait son entrée sous les ovations d’un public conquis, où se mêlent tous les âges. Nous voici embarqués avec plaisir pour deux heures d’un récital symphonique, magistral, composé de trois titres: Schelomo d’Ernest Bloch, le Concerto pour violoncelle, op. 37 d’Erich Korngold et enfin la Symphonie N°5 op. 64 de Tchaikovski et ses quatre mouvements. Un programme éclectique reprenant la sélection choisie de son nouveau disque.
L’auditoire est captivé, les sonorités fines et les vibratos emplissent les voûtes majestueuses de la Cathédrale. Nous sommes aussi subjugués par l’harmonie vive et sonore de la grande présence d’un duo qui charme par tous les effets sensoriels: la puissance de l’Orchestre National de Lorraine et la finesse des doigts magiques d’Ophélie Gaillard sur son Goffriller (un mécénat CIC).
C’est l’un des plus intenses concerts classiques vus cette année, une belle réussite. Les bis repetita de la foule n’y trompent pas : nous venons d’assister à un concert d’exception. Précision et harmonie ont gouverné à cette grande messe de classique, une ode aux arts vivants français et suisses. Pour terminer cette belle soirée de réjouissances, le CIC a reçu ses  invités à un fin cocktail dans les salons de l’Hôtel des Invalides. Un moment de partage et de convivialité autour d’un concert qui restera dans les souvenirs émotionnels de chacun. Nos remerciements s’adressent à Andra Focraud d’Apparté Music, à Françoise Yon du CIC et à Anais Brière.

Chers lecteurs et confrères, retrouvez l’ensemble de nos articles développés dans chacune de nos rubriques spécialisées. Bonnes lectures, joyeuses découvertes et bons spectacles.

Olivier F. De Felice, assisté de Didier Princi – Avril 2017
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Crédits photos :
-    D.I.V.A : Théâtre du Montparnasse, agent Pierre Cordier
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